Le sanctuaire du Sacré-Cœur à Beauvoir

 
 

Jeunesse de l’abbé Joseph-Arthur Laporte:

L’abbé Joseph-Arthur Laporte a vu le jour à Saint-Paul de Joliette le 15 août 1857, fête de l’Assomption. Il entra dans la commu­nauté des Clercs de Saint-Viateur le 25 août 1879. Les membres de cette communauté portent une grande dévo­tion au Sacré-Cœur de Jésus, et c’est à leur contact que l’abbé Laporte a déve­loppé cette dévotion.

Après son ordination, le 29 juin 1882 par Mgr Fabre, il a fait du minis­tère dans les diocèses de Montréal et de Joliette. Il quitta la communauté des Clercs de Saint-Viateur le 28 juillet 1886 et demanda son incardination à l’Évêque de Sher­brooke. Il sera admis au nombre des prêtres du diocèse par Monseigneur Antoine Racine, et nommé curé de la paroisse Sainte-Praxède de Bromp­ton­­ville (1891-1902) d’où il découvrira la «montagne » qu’il appel­lera plus tard «Beauvoir».

Il fut curé à Coaticook (1902-1903), et en 1903 le voilà promu à la tête de la grosse paroisse Saint-Jean-Baptiste de Sher­brooke. C’est lui d’ailleurs qui en construira le magnifique temple. Il de­meu­rera dans cette paroisse jusqu’à sa mort le 20 août 1921.

À huit kilomètres au nord de Sher­brooke, une petite montagne de cent quinze mètres, encore sans nom, avait depuis longtemps attiré le regard de ce grand amant de la nature. Après de nombreuses démarches auprès de monsieur Émile Lessard, cultivateur, il lui achète, en 1915, deux hectares de ter­rain. Il donnera le nom de « Beauvoir » (beau à voir) à ce coin de paradis dont la vue panoramique l’enchante. Il décide de s’y bâtir un petit chalet, une maison de six mètres de côté entourée d’une galerie. En 1916 et 1917, il achètera de nouveaux terrains pour agrandir son petit domaine.

Le 28 mai 1919, l’abbé Laporte signe un contrat en vue d’un agrandis­sement considérable de son chalet. Il viendra chaque semaine dans ce refuge pour se reposer du bruit et des tracas de la vie urbaine. Et en 1920, il y fondera le Sanctuaire du Sacré-Cœur de Beauvoir.

Depuis des années, l’abbé Laporte est fasciné par la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Il en parle inlassablement. Aussi, il n’est pas surprenant si l’unique décoration sur les murs nus de son chalet est une lithographie, sans grande prétention artistique, du Sacré-Cœur de Mont­martre. (Ce cadre est actuelle­ment installé sur le mur est de la petite chapelle de pierre.) Devant ce signe éloquent de l’Amour, il aime s’asseoir paisi­blement et prier longuement. « C’est comme si j’entrais dans un sanctuaire, j’éprouve le sentiment de la présence de Dieu et le besoin de prier… Je lui parle sans distraction comme je le ferais à un ami qui serait là… »

En 1916, l’abbé Laporte rêvait toujours de faire de Beauvoir un lieu où l’on viendrait prier et célébrer le Sacré-Cœur de Jésus dont la dévotion se répandait de plus en plus au pays. Il décide donc d’élever, non loin de son chalet, une statue du Sacré-Cœur. Mesu­rant deux mètres de hauteur, cette statue, aux bras grands ouverts, se dresse sur un piédestal de pierres des champs que des fermiers ont transportées avec foi sur leurs charrettes.

Le curé invite maintenant ses paroissiens à venir goûter le bonheur qui est le sien auprès du Sacré-Cœur… «Laissons-nous attirer par la nature ma­gnifique, prodigue en lignes de toutes sortes, en couleurs, en parfums… Mais laissons-nous charmer bien davantage par l’auteur de ce décor splendide ­: le Dieu qui crée par amour, et pour l’amour…»

Les débuts sont lents. Cependant, quel­ques personnes viennent prier, même pendant les absences de l’abbé Laporte. Le bon curé es­père toujours «attirer à son Ami des cœurs de plus en plus nombreux». En 1917, il voit la percée d’une « route » à travers champs. C’est plutôt un petit sentier cahoteux et boueux qui mènera jusqu’à la statue du Sacré-Cœur. À cette époque, ce nouveau chemin a dû être une œuvre assez laborieuse si l’on considère les accidents de terrain !

Dès 1918, des pèlerins commencent « la montée du Rosaire », une pratique de dévotion qui connaîtra des heures de gloire au cours des années 30. Le dimanche après-midi, des pèlerins, à partir de la route principale, montent à Beauvoir en récitant le chapelet.

En 1933, à la demande des pèlerins, l’abbé Pierre-Achille Bégin fait ériger une croix face au chemin montant au Sanc­tuaire. C’est de cette croix encore visible que partaient les pèleri­nages qui montaient à Beauvoir. Tout au long du parcours, on avait installé des planchettes de bois sur lesquelles étaient écrits les quinze mystères du rosaire. Les pèlerins montaient à Beauvoir, accompagnés par les prières et les chants dédiés à Marie. Pour Beauvoir, l’érection de cette croix donne tout son sens à la montée du rosaire : c’est le début de l’ascension, c’est la croix du chapelet que les lèvres baisent avant de murmurer les « avés », premiers maillons de cette longue chaîne qui conduit les pèlerins à l’Amour même qui les attend au Sanctuaire.

Comme on le voit, à Beauvoir, tout comme le désirait l’abbé Laporte, la dévotion à Marie fut intimement liée à la dévotion au Cœur de Jésus. Dès 1916, l’abbé Laporte écrivait : «Vous verrez que tôt ou tard il y aura là-haut un autel d’où le Sacré-Cœur fera rayonner son amour.»

De 1918 à 1920, il va mûrir la prochaine étape qu’il doit amorcer pour corres­pondre à l’Amour qui fait signe sur la montagne. L’idée de la construction d’une chapelle à Beauvoir s’impose de plus en plus à son cœur. Mais il n’a pas d’argent; il est presque sans ressource. Puis, il se sent miné dans sa santé, et à bout de souffle… C’est un rude calvaire que doit gravir le fondateur.

En 1920, au cours d’une Heure Sainte, il demande une faveur spéciale au Sacré-Cœur, avec promesse de lui construire une petite chapelle à Beauvoir s’il est exaucé. Comme il obtient la faveur demandée (dont il n’a d’ailleurs jamais révélée la nature), il doit s’avouer vaincu. Il fait construire, avec l’aide de quelques artisans de la région, la petite chapelle promise.

Les fermiers des alentours, pour bâtir un temple au Sacré-Cœur, viennent à travers champs et sentiers, guidant leurs chevaux qui traînent des charges de pierres et de bois. Des cultivateurs de Bromp­tonville, de Stoke et d’Ascot se rappelleront avec fierté d’avoir contribué à la construction de cette petite chapelle.

Tout au long de l’été 1920, des ouvriers, véritables amants du Sacré-Cœur, spécialement la famille Roy (le père, Luc, et ses sept enfants : Luc, Philippe, Édouard, Wilfrid, Adélard, Xavier et Georges), vont s’affairer à l’édification de cette chapelle que des générations de pèlerins regarderont comme un des endroits où le Cœur de Jésus montre son amour d’une façon toute spéciale. Ce sera pour eux une gloire légitime de dire : « Je venais souvent ici du temps du curé Laporte ! » ou encore « J’ai travaillé à bâtir la chapelle ! ».

C’est un bijou architectural que l’abbé Laporte fait élever sur la colline de Beauvoir. Il ne semble pas s’en rendre compte car il laisse dans ses notes : « Sera-t-elle jolie, cette chapelle ? Je ne crois pas, mais ce sera toujours une chapelle où je célébrerai la messe. On me donne et charroie la pierre. Par économie, je la fais poser telle qu’elle est, sans taille aucune ».

Mais le Sacré-Cœur, jamais vaincu en générosité, sait récompenser son serviteur en donnant à de vils matériaux un cachet d’élégance rustique, à un édifice humble et pauvre, une beauté qui n’échappe à personne. Et tous ceux qui viennent prier dans cette rustique chapelle y trouvent un calme, une paix qui pénètre au plus profond des âmes et les laisse pacifiés. On y sent de façon presque palpable la présence aimante du Sacré-Cœur de Jésus qui se penche avec tendresse sur ceux et celles qui viennent le visiter.

L’extérieur de cette chapelle rappelle, sous plus d’un aspect, certaines chapelles de campagne de France. Les murs rustiques, l’ameublement rudimentaire et les rares décora­tions ne sont pas de nature à satisfaire le connaisseur avide d’œuvres d’art à grand prix. C’est la pauvreté, le dénuement. Pour toute décora­tion une statue, un cadre, deux statuettes, quelques ex-voto témoins de la bonté du Sacré-Cœur, des lampions et de vieilles images du chemin de la croix. Mais, près du tabernacle, comme on goûte avec amour et paix la divine présence du Cœur eucharistique de Jésus !

Le 24 octobre 1920, Mgr Larocque vient bénir la petite chapelle. Le lendemain, l’abbé Laporte célèbre la première messe sur le mont Beauvoir. Il écrit dans son journal : « J’ai fait ici le ministère dominical. Est-ce un rêve ou une réalité…? C’est la réalisation d’un beau rêve. Que ne puis-je chanter mon “Nunc dimittis servum tuum in pace”. »

L’abbé Laporte pressent sa mort prochaine:

L’abbé Laporte pressentait que le Sacré-Cœur allait venir le chercher pour célébrer avec lui les noces éternelles de l’Agneau. L’abbé Laporte ressentit une joie immense devant son rêve fou devenu réalité. Cependant, son bonheur est assombri par sa mauvaise santé. « Serai-je l’instrument de la croissance de cette œuvre…? Je le voudrais sans l’espérer. Sinon, Dieu devra mettre au cœur de celui qui me succéde­ra l’amour qui m’est soudain venu pour l’idée de ce sanctuaire… »

Au printemps 1921, son état de santé inexorablement se détériore. Quoique malade, il se fait transporter à Beauvoir encore quatre ou cinq fois. Puis, il lui faut renoncer à revenir à Beauvoir. Il est hospitalisé à l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul au début du mois d’août. De sa chambre d’hôpital qu’il ne peut plus quitter, l’abbé repasse en esprit les six brèves années (1915-1921) où il a pu donner libre cours à la passion de sa vie : le Sacré-Cœur de Jésus. Et le 20 août, l’abbé Laporte peut enfin rencontrer face à face celui qui fut le grand amour de sa vie.

Le corps de l’abbé Laporte repose maintenant dans la crypte de l’église Saint-Jean-Baptiste dont il était curé. Mais, sur le mur ouest de la petite chapelle de Beauvoir une plaque commémorative rappelle celui qui a fondé le Sanctuaire et qui continue de là-haut à veiller sur son œuvre.

L’œuvre de l’abbé Laporte trouvera-t-elle un successeur ?

L’abbé Laporte avait légué au diocèse la propriété de Beauvoir, à condition qu’il acquitte la dette restante de $3,500. Le diocèse refusa ce legs. Beauvoir revint donc à la légataire universelle, Mademoiselle Euphémie Charest l’ancienne ménagère de l’abbé Laporte. Celle-ci vendit Beauvoir en 1923 à l’exécuteur testamentaire de l’abbé Laporte, le notaire Gédéon Bégin, pour le prix de la dette. Cet homme d’affaires très à l’aise utilisera la colline de Beauvoir comme lieu de vacances estivales pour les membres de sa famille. Sans le savoir, il sauvait Beauvoir.

De 1923 à 1929, Beauvoir tombe dans un abandon presque complet. Seuls quelques amoureux du Sacré-Cœur y montent privément pour prier au pied de la statue du Sacré-Cœur. Mais, à la fin du mois de juillet 1929, l’abbé Pierre Achille Bégin, prêtre retraité et frère du propriétaire, accom­pagné de quelques membres de la famille, vient visiter Beauvoir. Bien que les bâtiments aient été passablement dété­riorés par les voleurs, que les folles herbes aient envahi les alentours, le groupe est charmé par le paysage et décide de s’y installer pour une quinzaine.

Désormais, la famille Bégin viendra passer quelques semaines à Beauvoir durant la période des vacances d’été. On raconta à l’abbé Bégin la conversion étonnante d’un jeune homme dans la vingtaine. Entraîné par un copain, il était venu en curieux, se moquant de la superstition de son ami. Devant l’insistance de celui-ci et pour avoir la paix, il accepte de s’agenouiller devant la statue du Sacré-Cœur, n’éprouvant que la hâte de déguerpir… Mais il se relève bouleversé. Il est tout changé dans son cœur et son esprit. Il a trouvé ce qu’il ne cherchait pas, un signe de l’amour de Dieu. Il a le cœur chaviré de surprise. Il a enfin trouvé une grande paix et une joie débordante.

Sans être chercheur de signes, le bon abbé sait reconnaître une invitation. D’abord, de concert avec les membres de sa famille, il décide de remettre les lieux en état, et de renouer avec le projet de l’abbé Laporte. Chaque année en juin, il invite les gens des alentours pour le triduum préparatoire à la fête du Sacré-Cœur. C’est le temps fort de l’année.

Tout au long des mois d’été, l’abbé Bégin, entouré de neveux et nièces, assure pour les pèlerins la messe chaque matin et la prière au Sacré-Cœur chaque soir ainsi qu’une Heure Sainte chaque jeudi soir. L’abbé Bégin, après l’abbé Laporte, cherche à répandre la dévotion au Sacré-Cœur. C’est dans la petite chapelle de pierre qu’il passe le plus clair de son temps dans la prière et dans l’accueil des petits groupes de pèlerins qui continuent à gravir la montagne. « Tout mon désir est qu’à Beauvoir le Sacré-Cœur soit particulièrement honoré, loué et prié et qu’Il y répande ses plus grandes grâces.»

Des faveurs obtenues encore de nos jours:

Encore de nos jours, le sanctuaire de Beauvoir est fréquenté par de nombreux pèlerins. De nombreuses faveurs y sont encore obtenues; la plupart étant des faveurs plutôt spirituelles, quoique certaines guérisons de corps aient encore lieu à l’occasion. Une des guérisons physiques les plus récentes qui soient rapportées par le sanctuaire est la guérison de Magalie. Celle-ci devait mourir à la naissance. Ne pouvant se nourrir d’elle-même, Magalie sera gavée de sa naissance jusqu’à l’âge de neuf ans. Elle sera parfaitement rétablie grâce à un miracle obtenue au Sacré-Coeur de Beauvoir.

 
 

 

 

Sources:

sanctuairedebeauvoir.qc.ca/histoire-du-sanctuaire/