Les vikings au Canada et la foi catholique

 
 

     Les Vikings ont choisi la religion catholique au cours des années 900, en partie en raison des vastes réseaux commerciaux avec les régions chrétiennes d’Europe, mais aussi et surtout en raison de la pression politique et religieuse croissante de l’empire allemand au sud. À la fin de la période viking, vers 1050, la plupart des vikings étaient chrétiens. Or, nous savons que les Vikings sont allés au Canada autour des années 1000. Certains vestiges démontrent que beaucoup d’entre eux étaient déjà catholiques. En effet, les vestiges d’une chapelle catholique viking furent retrouvés au Labrador. Certains disent même qu’on y trouva des croix vikings. Ce fut donc, semble-t-il, la première présence de la foi catholique au Canada. 

« C’est, à n’en pas douter, Harald à la Belle Chevelure qui fut, involontairement, la cause de la découverte de l’Amérique par les Vikings. Ce prince, qui prit le pouvoir en 860, voulut unifier le royaume de Norvège. Beaucoup de ses compatriotes s’opposèrent à son action et préférèrent quitter leur pays plutôt que de subir l’autorité d’Harald. C’est ainsi qu’en quelques années, l’Islande reçut autant de fiers paysans vikings qu’elle pouvait en nourrir. Vers 930, on estime que la population comptait de 16 à 20 000 personnes et qu’elle dépassait le chiffre de 30 000 à la fin du Xe siècle.

Le plus célèbre de ces émigrants fut assurément Erik le Rouge, fils de Thorwald Asvaldsson. Après la mort de son père et son mariage avec la fille d’une famille islandaise très en vue, il s’installa à Haukadal et eut, dès lors, des querelles violentes avec ses voisins. À la suite de l’une d’elles, deux de ses adversaires furent trouvés morts à l’endroit où il avait eu une explication orageuse avec eux. Erik le Rouge, mal défendu devant le Thing (sorte de parlement islandais disposant de pouvoirs judiciaires) fut condamné, avec les siens, à trois années de bannissement.

Au lieu de prendre la direction de la vieille Europe, Erik le Rouge se dirigea vers l’ouest, puis infléchissant sa route vers le sud, longea les côtes orientales du Groenland, doubla le Cap Farewell et atteignit la région des fjords. Ce voyage eut lieu en 982.

C’est Erik le Rouge qui donna au Goenland le nom qu’il porte jusqu’à nos jours : le Pays Vert. Notre héros avoue lui-même qu’il a choisi ce nom dans le but d’y attirer un aussi grand nombre de Normands que possible, car il pensait que bien des gens voudraient y aller s’il portait un joli nom.

Ses trois aimées de proscription écoulées, Erik le Rouge retourna en Islande. Là, il annonça qu’il avait trouvé au Groenland deux endroits parfaitement convenables pour y créer des établissements ; il les avait lui-même baptisés : Oesterbygden, ce qui signifie colonie de l’est et Vesterbygden, colonie de l’ouest.

À partir de ce moment, nous voyons Erik le Rouge, ce coléreux, ce dur Islandais, utiliser toute l’énergie de son tempérament pour organiser la colonie normande du Groenland, dont il fut le chef incontesté, sinon le roi.

Au printemps de l’année 986, Erik le Rouge put appareiller vers le Groenland avec 25 navires, ayant à bord 500 à 700 personnes : hommes, femmes et enfants. Il transportait également des chevaux, des outils, du bétail et des ustensiles de cuisine. Cette expédition était une entreprise très aventureuse, qui comportait de gros risques ; une violente tempête lui fit payer à l’océan un tribut de 11 navires, si bien que seuls, 14 parvinrent au Pays Vert.

La vie au Groenland était assez dure pour les Vikings ; il leur manquait en effet trois éléments essentiels : le blé, le bois et le fer. Les échanges et voyages réguliers en Norvège et en Islande permettaient d’alléger ces inconvénients. Par contre la région était riche en baleines, poissons, phoques, différentes sortes d’oiseaux ; on y trouvait également des lièvres, des ours, des rennes et aussi, malheureusement, des loups.

La flotte d’Erik le Rouge venait à peine de quitter l’Islande, lorsqu’arriva en cette île un jeune homme du nom de Bjarn Herjulfson, qui venait y rencontrer son père. Il apprit avec étonnement que celui-ci s’était joint à l’expédition d’Erik le Rouge et voguait vers le Pays Vert. N’hésitant pas un seul instant, Bjarn décida de rejoindre son père et mit le cap vers l’ouest, sans même décharger sa cargaison.

C’est au cours de ce voyage follement audacieux que Bjarn, après 3 jours de navigation, fut pris par la brume et commença à dériver sans but. Les vents du nord le reprirent ensuite mais, durant plusieurs jours, il ne put déterminer sa position.

Un jour enfin, il aperçut une terre boisée et légèrement vallonnée ; Bjarn ne s’y trompa pas : ce n’était pas le Groenland. La rencontre de cette terre n’éveilla pas sa curiosité, car son seul but était de rejoindre son père Herjulf, au Groenland. Pour nous, ceci est très important, car Bjarn Herjulfson, venait de découvrir l’Amérique.

En fait, il avait aperçu la côte du Labrador, en un point situé au sud-ouest du Cap Farewell. Il navigua à nouveau pendant 5 jours vers le Nord et vit la terre deux autres fois sans reconnaître le Groenland. Enfin se leva le vent de suroît, qui permit à Bjarn d’atteindre un point de la côte où plusieurs navires étaient tirés sur la plage. Là, habitait Herjulf, père de Bjarn et c’était le Groenland.

Au cours de son difficile voyage Bjarn avait donc aperçu une terre nouvelle en passant. C’est à Leif Erikson, fils d’Erik le Rouge, que revînt la tâche d’explorer cette terre. Pour ce faire, il fit l’acquisition du navire de Bjarn. Suivant très exactement les indications que lui donna Bjarn, Leif Erikson, avec un équipage de 35 hommes mit le cap au nord et longea d’abord la côte occidentale du Groenland, puis faisant route au sud, celle du Labrador, ce qui était une excellente façon de ne rien négliger dans son exploration.

Il aborda en premier lieu une région rocheuse et glacée, qu’il nomma Helluland, ce qui signifie : plat de rocher ; il est à noter que les anglais l’ont appelée plus tard : Table Land, ce qui a exactement la même signification. La seconde terre que Leif Erikson trouva était boisée et bordée de sable blanc ; il l’appela Markland, ce qui signifie : pays des forêts ; elle est située sur les côtes du Labrador. Enfin, plus au Sud, il atteignit une troisième région qu’il nomma Vinland, car il y poussait de la vigne sauvage.

Ce fut un Allemand, compagnon de Leif Erikson qui trouva cette vigne un jour où il s’était éloigné un peu trop du camp viking. Cet allemand, né dans le pays du vin, fit des grappes, le même usage que, plus tard, les immigrants du XVIIe siècle. Il pressa le raisin entre ses mains, laissa reposer le liquide pendant 5 à 6 jours et lorsque la boisson fut prête il en éprouva les effets. La saga du Groenland rapporte que Tyrkir, c’était bien le nom de notre Allemand, retrouva, grâce au vin, l’usage de sa langue maternelle… C’est un phénomène bien connu.

Leif et ses hommes décidèrent de passer l’hiver au Vinland. Ils construisirent de grandes maisons et Leif donna son nom à cette colonie qui devînt Leifbudir. C’est vraisemblablement cet établissement, qu’en 1002 ou 1003, Thorwald, frère de Leif fréquenta ; puis plus tard, en 1006 ; Thorstein, troisième fils d’Erik le Rouge ; et enfin, l’Irlandais Thorfin Karlsefni, dont le fils Snorri serait né au Vinland.

Quelle fut la fin de la courageuse petite colonie viking ? Tout porte à croire qu’elle fut décimée par les Skraelingars, probablement des Esquimaux vivant dans la région du Vinland.

La saga du Groenland rapporte d’ailleurs un certain nombre de combats dont le récit a été fait par les survivants de Leifbudir. Au cours de l’un d’eux, Freydis, fille d’Erik le Rouge, voyant fléchir les Vikings, assaillis par une troupe importante de Skraelingars, se saisit de l’épée d’un Normand qui venait d’être tué, déchira le haut de sa robe et poitrine nue, attaqua les adversaires, qui effrayés par cette Walkyrie du Nouveau Monde, s’enfuirent en désordre. Un autre épisode intéressant est le contact qui eut lieu pour la première fois entre l’âge de pierre et l’âge de fer.

Voici comment la saga le raconte : les Skraelingars trouvèrent un mort viking ; à côté de lui se trouvait sa hache ; ils la prirent et l’un après l’autre l’enfoncèrent dans un tronc d’arbre.

La hache bien aiguisée leur paraissait alors un objet précieux, mais comme l’un d’eux essayait de fendre une pierre la hache éclata. Ils la jetèrent alors, estimant sans doute inutile de garder un outil qui ne pouvait même pas résister à une pierre.

Selon la vieille chronique, les Vikings rescapés se retirèrent au Groenland ; ils emmenèrent avec eux deux enfants skraelingars qu’ils firent baptiser. C’est grâce à ces enfants et à leur langage que l’on sait maintenant que les Skraelingars étaient des Esquimaux et non des Indiens.

 

Sources :

Bulletin de la Société d’Histoire de la Guadeloupe, Les Vikings au Vinland, Yves Reignard, Numéro 7, 1er semestre 1967