Sainte Marguerite d’Youville

Naissance:

Marguerite est une descendante de Pierre Boucher, fondateur de Boucherville. Elle est née le 15 octobre 1701 à Varennes, au Québec. Elle était la première de six enfants. Son père fut promu au grade de capitaine. C’était le plus haut grade qu’un soldat des troupes coloniales pouvait atteindre. Il fut promu en raison de sa fidélité à son devoir, de son esprit de sacrifice. Il mourut, cenpendant, alors que Marguerite avait seulement 7 ans. Dès lors, la famille souffrit de la pauvreté. 

En 1712, afin de poursuivre ses études, Marguerite est conduite dans une petite barque au pensionnat du couvent des Ursulines, à Québec. Au bout de deux ans, sa mère ne peut plus se permettre de laisser Marguerite à Québec, même avec l’aide de parents et d’amis. Elle est donc obligée de retourner à Varennes la même année, pour aider à la maison et enseigner à ses frères et sœurs. Marguerite a été d’une aide précieuse pour sa mère.

Mariage difficile :

À l’âge de presque 21 ans, Marguerite se marie avec François d’Youville. Le couple s’est installé chez la mère de François, une femme avide et dominatrice qui a rendu la vie de Marguerite misérable. Pendant les fréquentes absences de son mari, sa belle-mère était très antipathique à son égard. Mais pire encore, il est vite devenu évident pour Marguerite que François était indifférent, égoïste et cupide ; il ne s’intéressait qu’à l’argent ! Pendant ce temps, elle n’avait aucune idée des affaires de son mari, car il était parti pour de longues périodes. En fait, il se livrait au commerce illicite de l’alcool pour les fourrures des Indiens – il était même absent à la naissance de leur premier enfant. Mais malgré toutes ces peines, Marguerite resta fidèle à ses devoirs d’Etat, traitant toujours François avec respect, et lui accordant toutes sortes d’attentions délicates. C’est en ces temps douloureux, en 1727, que la sainte femme reçut une grâce spéciale de Dieu. Elle se rendit compte que Dieu est un Père qui a la charge providentielle de tous les êtres humains et que tous sont frères et sœurs. Toute sa vie, Marguerite a gardé cette pensée à l’esprit : « Je laisse tout à la Providence divine, ma confiance est en elle ; tout se passera de manière agréable à Dieu. »

Mort de son mari :

L’anxiété et le chagrin ont continué à faire partie intégrante de ces années. Retenant ses larmes, Marguerite est laissée seule pour s’occuper de ses enfants. Trois de ses enfants sont morts dans l’enfance et elle était enceinte du sixième enfant lorsque son mari est tombé gravement malade. Marguerite était maintenant veuve à 29 ans. Elle devait non seulement s’occuper de ses deux fils survivants, qui allaient devenir prêtres, mais elle devait aussi rembourser les énormes dettes laissées par son mari.

Plus d’un an plus tard, son petit bébé est mort. Mais un jour, le directeur spirituel de Marguerite, le père Dulescoat, lui dit : « Sois réconforté mon enfant, Dieu te destine une grande œuvre et tu relèveras une maison de ses ruines ! Elle ne savait pas à l’époque que cette oeuvre était la formation de l’Institut des Soeurs de la Charité, et que la maison était l’Hôpital Général, elle a simplement continué à faire la sainte volonté de Dieu pour le moment…

 L’abbé Dulescoat, qui va comprendre qu’elle est une âme de choix, va lui dire : « Consolez-vous ma fille, Dieu vous destine à une grande œuvre, et vous relèverez une maison sur son déclin ».

Début de la fondation :

   Néanmoins, Marguerite continue de rendre visite aux pauvres à l’hôpital et répare leurs vêtements. Elle mendiait de l’argent pour enterrer les criminels qui avaient été pendus sur la place du marché.

En 1737, Marguerite accueille chez elle une pauvre femme aveugle. En voyant Marguerite s’occuper des pauvres de manière désintéressée, trois femmes la rejoignent. Elles se consacrèrent à Dieu, promettant secrètement de servir Jésus dans ses pauvres.

Elles furent persécutées et contredites. Des gens ont jeté des pierres à Madame d’Youville et à ses compagnons sur le chemin de l’église ! Leur malveillance va encore plus loin lorsqu’ils entendent des rumeurs selon lesquelles le père Louis Normant, le supérieur des Sulpiciens – et nouveau directeur spirituel de Marguerite – veut qu’elle et ses compagnes prennent en charge l’Hôpital général des pauvres de Montréal, établi en 1693 par les frères Charon ! Mais malgré ces persécutions, Mère d’Youville et ses compagnes restent pacifiques et continuent à travailler avec dévouement et courage, trouvant leur meilleur soutien dans la prière. C’est lorsque les choses semblaient les plus désespérées que Marguerite faisait le plus confiance à l’aide de Dieu, et ressentait le plus sa proximité avec elle.

Le père Normant, leur supérieur, était devenu dangereusement malade. Marguerite a promis solennellement que si le Père Normant était rétabli, elle ferait faire un tableau spécial du Père éternel. Le père Normant recouvra la santé – et depuis lors, un magnifique tableau du Père éternel est accroché dans la vaste salle communautaire de la Maison mère à Montréal.

Premier feu :

dans la nuit du 31 janvier 1745, un incendie a complètement détruit leur maison. Il fut dévastateur pour les résidents, mais Marguerite leur promit de ne pas les abandonner. Avec une confiance inébranlable dans la Providence divine, elle décide de tout recommencer. Alors que l’incendie faisait rage, un groupe de spectateurs a été entendu crier : « Regardez ces flammes violettes ! … Ces femmes sont ivres ! » (N.B. En français, le mot « gris » est traduit par « gris », et il signifie non seulement la couleur, mais aussi le fait d’être ivre. Ainsi, dès le jour de l’incendie, les gens ont commencé à appeler les soeurs « Soeurs grises », ce qui signifie « Soeurs ivres ». Par humilité, et pour montrer que ses soeurs doivent être enivrées par l’amour de Dieu et du prochain, Marguerite a gardé ce surnom pour sa communauté). Les gens la soupçonnaient, elle et ses compagnons, de fabriquer de l’alcool chez eux.

Après l’incendie, Marguerite s’est demandée : « Que pouvons-nous en apprendre ? … Peut-être que nous avons été trop bien lotis. Maintenant, nous allons devoir vivre plus pauvrement ! » Cette résolution fut exécutée deux jours plus tard, le 2 février 1745, lorsque Marguerite, alors âgée de 44 ans, et les autres sœurs, signèrent l' »Engagement initial ». Voici une partie de ce document fondateur : … « pour la plus grande gloire de Dieu … pour le secours des pauvres … nous sommes unies dans la pure charité pour vivre et mourir ensemble … pour consacrer sans réserve notre temps, nos jours, voire toute notre vie, à travailler … pour recevoir, nourrir et soutenir autant de pauvres que nous pouvons en prendre soin … » Et depuis ce jour, chaque Soeur Grise a signé de son nom cet engagement !

Ses compagnons, quelques personnes âgées et un orphelin l’ont suivie à pied. Et en même temps, la pauvre Marguerite a dû supporter les rires des gens qu’ils croisaient. En arrivant à l’hôpital, Marguerite a constaté que quatre hommes âgés et deux frères âgés y vivaient dans des conditions déplorables. Après s’être occupée de leurs besoins urgents, l’ingéniosité créative de Marguerite et l’activité énergique de ses sœurs rendirent l’hôpital vivable. Après seulement trois ans comme directrice de l’hôpital général, Marguerite l’avait entièrement rénové.

Elle a déclaré « Si Dieu nous appelle à gouverner cette maison, son plan réussira ; les empêchements et l’opposition des hommes ne doivent pas nous troubler. » Elle écrira aussi : « La divine Providence est vraiment admirable. Dieu a une façon de réconforter ceux qui dépendent de lui, quoi qu’il arrive. Je place toute ma confiance en Lui ! »

. Elles sont désormais respectées par le peuple et sont considérées comme des mères et des sœurs pour les pauvres, les personnes âgées, les orphelins, les prostituées, les malades mentaux, les handicapés physiques, les malades chroniques et les enfants abandonnés. Leur travail était désormais reconnu pour ce qu’il était : une mission de charité et d’amour. Cette même année, Mère d’Youville et ses compagnes ont commencé leur travail d’infirmières lors d’une épidémie de varicelle. La maladie s’est également répandue dans les missions indiennes autour de Montréal. N’étant pas des religieuses cloîtrées, Marguerite et ses compagnons se rendent dans les maisons et prennent soin des malades qui ne peuvent être hospitalisés.

Siège de Québec :

En 1756, la guerre est officiellement déclarée entre la France et l’Angleterre. Le jeune mais compétent général anglais Wolfe arrive en juin 1759 avec une flotte transportant plusieurs milliers d’hommes, et jette l’ancre devant Québec. Il s’empare bientôt de la ville de Lévis et de l’île d’Orléans. Il assiège la ville de Québec et la prend en septembre. Puis, ce fut le tour de Montréal. Dès le début, les Soeurs Grises ont un travail supplémentaire, s’occupant des blessés des deux côtés, des veuves et des orphelins. Marguerite va même aider quelques prisonniers anglais blessés à échapper à la colère des Indiens alliés aux Français ! La situation dans la colonie canadienne est très difficile. Tous les hommes valides sont dans l’armée ; par conséquent, les champs ne sont pas cultivés et la nourriture est rare. Des bruits de fusils mêlés à des cris de colère, de frustration et de chagrin se faisaient entendre jour et nuit.  

Son fils prêtre fut fait prisonnier :

 Une des plus grandes consolations de Mère d’Youville fut que ses deux fils deviennent prêtres. Mais pendant le siège de Québec, le père Charles, le plus jeune des fils de Mère d’Youville, est emprisonné à bord d’un navire anglais avec ses paroissiens. Marguerite craignait pour sa sécurité. Quatre mois plus tard, à la reddition de Québec, les prisonniers sont libérés, indemnes. En 1763, le roi catholique de France cédera officiellement sa colonie du Canada au roi protestant d’Angleterre. Mère d’Youville nous fait part de sa souffrance. Elle écrit : « Perdre notre roi, notre pays, nos biens, et pire encore : craindre de voir disparaître notre Sainte Religion, tout cela est très difficile à supporter ! « En effet, le régime militaire britannique commence alors, et bientôt harcèle et persécute la Religion catholique et son clergé. Il faudra de nombreuses années de lutte, de diplomatie et de prière persévérante pour obtenir la liberté de religion des nouveaux maîtres. Mais c’est une autre histoire… De nombreux citoyens français et canadiens sont retournés en France plutôt que de vivre sous la domination anglaise. Le petit peuple, attaché à une terre qu’il avait travaillée pendant des générations, y est resté, ainsi que quelques membres de la noblesse. Mère d’Youville a eu du mal à dire au revoir à ses proches, mais pour Marguerite il n’était pas question de partir. Jamais les Soeurs Grises n’avaient été aussi nombreuses à avoir besoin d’elles.

Deuxième feu :

Le 18 mai 1765, un incendie se déclare qui menace de détruire toute la ville de Montréal ! Marguerite envoie tous ceux qu’elle peut pour aider à maîtriser l’incendie. Mais tragiquement, le vent a tourné et l’Hôpital général a été complètement détruit ! Quelques heures plus tard, Marguerite se tient devant les ruines fumantes ; elle rassemble tout le monde autour d’elle et dit : « Nous allons réciter le ‘Te Deum’ à genoux, pour remercier Dieu de la croix qu’il vient de nous envoyer ! Dieu la récompensera en lui promettant que plus jamais aucun feu ne touchera l’hôpital général, et c’est ce qui s’est passé. Mais les grands murs de pierre étaient encore debout et Marguerite considéra comme un signe de la Providence de Dieu le fait de trouver le tableau du Père éternel indemne parmi les ruines. Une statue de Notre-Dame de la Providence, devant laquelle elle et ses premiers compagnons avaient fait leur consécration, avait également été préservée. Fortifiée par ces signes de l’amour de Dieu, Marguerite, aujourd’hui âgée de 64 ans, commencera avec une grande énergie communicative la reconstruction de l’Hôpital général.

Pas assez de place pour tous:

Trois ans plus tard, Marguerite se plaindra de ne pas avoir assez de ressources pour accueillir tous ceux qui sont dans le besoin. Elle écrit : « Il y a tant de choses que nous pourrions faire si seulement nous en avions les moyens. Chaque jour, les pauvres qui sont dans le besoin viennent à nous, et je pleure amèrement de devoir les renvoyer. Si je savais comment obtenir des fonds sans voler, j’aurais un nouveau bâtiment, assez grand pour accueillir 200 personnes, mais je n’ai rien ! Néanmoins, je dois croire que Dieu est satisfait de nos bonnes intentions ». Sa confiance en la Providence de Dieu a été récompensée un jour, alors qu’il ne restait pratiquement rien dans la maison : Ils trouvèrent un matin plusieurs barils de farine de blé fine dans leur réfectoire. Personne n’a jamais découvert d’où ils venaient.

Mort de Sainte Marguerite :

Dans les dernières années de sa vie, Mère d’Youville continua à corriger les soeurs et à leur enseigner les voies de Dieu. Elle ne laisse passer aucune occasion, sachant combien il est important de veiller à ce que la vertu de la charité coule dans leurs veines, la charité entre elles et aussi pour les pauvres et les démunis. Mais Marguerite ne pouvait pas vivre éternellement dans ce monde – travaillant jour et nuit au service des pauvres, et des sœurs à sa charge, sa santé ne pouvait pas tenir le coup. À l’automne 1771, la santé de Marguerite commença à décliner et au début du mois de décembre, elle fut victime d’une attaque cérébrale. Lorsque, plus tard, elle subit une nouvelle attaque et devient paralysée, elle sait que son service aux pauvres va bientôt prendre fin. Elle savait également que ses derniers mots laisseraient une impression permanente sur ceux dont la vie était entrelacée avec la sienne. À ses filles spirituelles, elle légua son grand esprit de charité, leur recommandant de « rester fidèles aux devoirs de la vie qu’elles ont embrassée… et de toujours suivre les chemins de la régularité, de l’obéissance, de la mortification, mais surtout, l’union la plus parfaite doit toujours régner entre elles ». Le 23 décembre, vers 20h30, Mère d’Youville est passée dans les bras de Dieu. Elle avait 70 ans. À ce moment précis, une croix lumineuse apparaît dans le ciel au-dessus de l’hôpital. Avec étonnement, les passants ont remarqué ce spectacle étrange et l’ont considéré comme miraculeux. L’un d’eux, nommé Jean Delisle, comprit que Marguerite venait de quitter ce monde et s’exclama : « Oh ! Quelle croix pour ces pauvres Soeurs Grises ! »