Vénérable Catherine-Aurélie Caouette

 
 

Aurélie Caouette est née le 11 juillet 1833 à Saint-Hyacinthe (autrefois dans le diocèse de Montréal). Elle fut la septième d’une famille de neuf enfants. Dès son enfance, elle avait une grande dévotion envers les souffrances du Christ. Elle méditait souvent sur la Passion, surtout en faisant le chemin de croix. Son père raconte : « À l’âge de quatre ou cinq ans, je la trouvai dans la cour, un vendredi, portant sur son épaule une pièce de bois dont l’extrémité traînait à terre. Son petit visage était pâle et inondé de sueurs ; je la vis tomber sous son pesant fardeau et se relever sans paraître s’apercevoir de ma présence ; je lui dis : «Que fais-tu, Aurélie, pourquoi porter ce bois trop pesant pour toi?» Elle fit un saut comme si j’eusse réveillé d’un profond sommeil et me répondit : «Je suis Notre-Seigneur portant sa Croix au Calvaire». 

Son père raconte qu’elle reçut aussi la grâce de la lévitation : «Aurélie avait sept ans quand, un jour, sa mère l’envoya chercher un objet dans une chambre haute. Comme l’enfant cherchait en vain, la mère vint au-bas de l’escalier lui disant où elle le trouverait, et de s’empresser de le lui apporter. Mais, qu’elle n’est pas la surprise de la mère de voir Aurélie, tenant à deux mains le dit objet, mettre ses deux pieds, l’un après l’autre, dans le vide, c’est-à-dire, à trois ou quatre pouces des marches, et descendre ainsi, comme une étoile filante. La chose paraissait toute naturelle à Aurélie ; sa mère lui demandant si elle n’avait pas eu peur : «Non, maman, j’ai déjà descendu l’escalier comme ça.» – «Depuis quand, reprit la mère?» – «Depuis, dit-elle, que j’ai monté en disant : Je vous salue Marie, à chaque marche». La mère l’observant plus attentivement, la vit plusieurs fois monter et descendre ainsi cet escalier.» 

 Sœur Marie-Angela raconte que le curé l’a vue s’élever à plusieurs reprises pieds de terre, pour orner une statue de la Sainte Vierge placée au-dessus du grand autel, dans l’église Notre-Dame-du-Très Saint Rosaire.

 
 

Désir de souffrir pour Jésus:

Dès l’âge de six ans, elle avait une dévotion envers l’eucharistie. À six heures du matin, elle se rendait souvent à l’église à pied pour prier devant le tabernacle.

Dès son jeune âge, elle comprit le sens de la souffrance réparatrice. Elle cherchait toutes sortes de moyens de se mortifier. Inquiets de la voir se mortifier à son âge, les parents sont allés voir l’abbé Édouard Crevier pour lui en parler. Mais il leur dit : «Le Ciel vous a donné une enfant de prédilection, témoignez-lui-en votre reconnaissance et veillez sur votre précieux trésor». 

Depuis son jeune âge, Aurélie éprouva un très grand désir à souffrir pour Jésus-Christ. Des phénomènes extérieurs accompagnent ces états d’âme, entre autres des maladies étranges, des changements subits de la couleur des vêtements qu’elle porte, des objets qui deviennent brûlants entre ses mains. Il semble également qu’elle aurait eu la vision répétée du Christ ensanglanté par la couronne d’épines. Très tôt, elle fit preuve d’une grande piété et voua un culte spécial et passionné au précieux sang du Christ, dont seuls ses parents furent témoins.

  Ceux qui la côtoyaient témoignèrennt qu’elle avait l’air incroyablement heureuse. Un témoin raconte : «Hélas! Je ne pouvais me dire : «Mon Dieu, que je voudrais être pieuse comme elle ! Qu’elle est heureuse d’être si dévote ! Aussi lorsque je la voyais se diriger vers le chemin de la petite chapelle, je le prenais moi aussi ; je ne priais pas, je ne pouvais prier absorbée que j’étais par son attitude et enviant son bonheur».

À l’âge de 12 ans, elle fut atteinte de la petite vérole, dut s’aliter et garder la chambre de longues semaines. Il semblerait qu’au cours de cette maladie, elle eut la une apparition de Jésus enfant, qu’il se laissa voir à elle corporellement et qu’il lui sourit pour l’encourager.

En 1845, alors qu’elle avait 12 ans, Aurélie Caouette entra au pensionnat tenu par les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame à Saint-Hyacinthe. Durant ses études, elle bénéficia de la direction spirituelle de l’abbé Joseph-Sabin Raymond, qui était le supérieur du séminaire de St-Hyacinthe. Pendant les 40 années suivantes, ce dernier sera le témoin attentif de l’action du Seigneur en l’âme privilégiée d’Aurélie; par exemple, il la verra souvent en extase;  et il l’assurera aussi de son soutien à toutes les étapes plus ou moins douloureuses qui la conduiront à la fondation d’une communauté religieuse.

 En 1848, l’abbé Raymond lui demanda de mettre par écrit ses sentiments intérieurs ainsi que le récit des faveurs et états mystiques dont elle était favorisée de la part du Seigneur. Elle avouera que lorsqu’elle était élève, Jésus lui parla souvent par des locutions intérieures. Un jour, Notre-Seigneur lui dit : «Viens à moi par la souffrance et le détachement de toute créature […] C’est par la souffrance que tu me seras unis». 

En 1850, alors qu’elle a 17 ans, Aurélie Caouette quitta le pensionnat et retourna chez ses parents. Craignant de tomber dans les vanités du monde, elle décida de se tracer un programme de vie et de prendre de fermes résolutions qu’elle soumettra à son directeur spirituel. En 1853, devant l’abbé Raymond, elle fit vœu de chasteté et ajouta à son nom celui de Catherine en raison de son admiration pour la jeune martyre d’Alexandrie. Elle prononça par la suite le vœu d’obéissance.

 Même si elle était visiblement appelée à la vie religieuse, elle ne parvenait pas à trouver sa voie. Le premier évêque de Saint-Hyacinthe, Monseigneur Jean-Charles Prince, lui suggéra de se joindre à une communauté enseignante ou à une communauté hospitalière, mais Aurélie sentit que sa vocation n’était pas là.

Tout en vivant dans le monde, Aurélie Caouette continua de mener une vie austère. Elle mena une vie quasi cloîtrée, partagée entre la prière, des souffrances physiques inexplicables et l’assistance occasionnelle aux pauvres. À force de demander à souffrir pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, elle souffrira extraordinairement des douleurs de la poitrine, des oreilles, de la soif, et même dans tout son corps, à tel point qu’elle fut souvent alitée. Elle disait : «Ne l’oublions pas, le bois rugueux de la Croix est un bois merveilleux qui sert à allumer et à ranimer le feu de l’Amour».

 Devant elle, l’horizon demeura mystérieux. Toutefois, sa dévotion au précieux sang se fait de plus en plus profonde et impérative. Un jour, elle dit : « Je sens en moi toute l’énergie du Sang Divin ! C’est un sang généreux qui n’aspire qu’à être versé ».

En août 1854, alors que les événements semblent être dans l’impasse, Aurélie a une vision de la Sainte Vierge. Cela se passa lors d’un pèlerinage à Notre-Dame de Bonsecours à Montréal, où Aurélie était en quête d’une maladie grave. Elle décrit la vision : « Elle était vêtue d’une robe d’un blanc éblouissant et entourée d’une gloire si grande que je ne peux la décrire. Puis elle m’a dit : « Ma fille, sois sans crainte. Si tu es aussi simple qu’une colombe et que tu obéis aveuglément aux ordres de ton guide spirituel, ta prière sera exaucée, ta pureté restera intacte, ta modestie sera à l’abri de toute épreuve ».

Les nouvelles des apparitions et des merveilles se répandent dans tout le Québec. Certains croient que ses visions sont l’œuvre de Dieu, d’autres ne sont pas d’accord. Souvent, des disputes éclatent lorsque le sujet est abordé : On dit que sa langue est couverte de sang lorsqu’elle reçoit l’hostie » « Et ce n’est pas tout. Ses vêtements changent même de couleur. Certains jours, ils sont blancs comme neige. D’autres fois, ils deviennent rouges, comme du sang.

C’est ce que décrit le père Raymond : Son ardeur au travail et ses sorties dans les conditions climatiques les plus difficiles, malgré ses souffrances constantes ; son jeûne et ses veilles nocturnes ; les guérisons instantanées après une prière ou un acte d’obéissance ; les apparitions soudaines et inexpliquées à l’église ; le manque de mouvement et toute sensation de douleur pendant les extases ; un flot de sang provenant de sa tête, de ses mains et de ses pieds tous les vendredis, et qui coule presque quotidiennement de son cœur ; une odeur parfumée provenant de sa bouche ; la chaleur de sa poitrine qui fait chauffer les objets ; ses vêtements qui changent de couleur ; et surtout, sa réponse immédiate aux ordres intérieurs. … plusieurs de ces choses se sont produites après une prière de l’évêque ou de son directeur. Ces merveilles se produisent le plus souvent après avoir reçu la Communion et les jours consacrés à la Passion ou à la Sainte Vierge… »

Notre-Seigneur lui dit : «Petite épouse, voici mon Sang! Il est si bouillant d’amour pour les hommes, que mes veines ne peuvent plus le contenir. Il coule par torrents et on le laisse perdre… Il faut que, par ton moyen, il se répande au moins sur un grand nombre d’âmes, et qu’il fasse des vierges ardentes et brûlantes». Elle répondit : «Ma vie tout entière, consacrée au culte du Sang, sera mon chant de reconnaissance.»

Un jour, elle reçut les stigmates. Voici ce que l’abbé Raymond raconte : «Elle me dit que Notre-Seigneur lui était apparu crucifié, lui avait fait mettre ses mains et ses pieds à elle sur les siens, et qu’elle s’était vue transpercée alors; et qu’elle avait demandé à Dieu que les douleurs restassent sans qu’il parût de plaies. Depuis, ces douleurs revenaient souvent, surtout les vendredis, mais n’étaient pas continuelles» (il semble qu’elle les ait reçus en 1852). Elle écrivit : «O mon Dieu, Dieu d’amour, prends possession de mon pauvre cœur de vierge. Sature-le d’angoisses, de tribulations, il le mérite, mais épargne les pécheurs». Elle pria sans cesse : «Mon Dieu, je vous en conjure, augmentez en moi le désir que j’ai de vous aimer, de n’appartenir qu’à vous seul…».

Beaucoup de gens n’y croyaient pas. La plupart des prêtres du séminaire de St-Hyacinthe ne crurent pas. L’engouement pour la vocation d’Aurélie causa beaucoup de détresse pour le père Raymond et pour elle-même. Toutes ces disputes et cette agitation causèrent une profonde douleur aux parents d’Aurélie et aux autres membres de sa famille. Ils comprenaient la valeur de la prière et de la pénitence, mais ce que leur fille faisait semblait parfois extrême. Un jour, prise d’angoisses extrêmes, elle vit Notre-Seigneur qui la laissa se reposer sur son Divin Cœur. Puis, il lui dit : «Soyez bénie, ma fille, et ne craignez rien, je suis avec vous».

Tiers Ordres dominicains:

Le 30 août 1854, en la Fête de sainte Rose de Lima, l’abbé Raymond lui donna l’habit de Tertiaire dominicaine, alors qu’elle était âgée de 21 ans. Plus tard, le 7 mars 1855, Catherine-Aurélie fut guérie d’une tumeur au côté par saint Thomas d’Aquin et, le 4 août, elle vit saint Dominique qui la bénit à trois reprises et la prit sous sa protection. 

En 1859, alors qu’Aurélie Caouette se demandait toujours quelle était la volonté de Dieu. Monseigneur Prince, l’évêque de St-Hyacinthe lui suggéra de rencontrer Mgr Ignace Bourget, alors évêque de Montréal. Celui-ci écouta attentivement la jeune mystique. Il raconta à quel point il fut : «frappé de l’expression de sainteté qu’il y a dans sa personne et de la joie céleste de son regard, malgré les souffrances qu’elle semble endurer dans ce moment même». Puis, avec un accent prophétique, lui dit : « Si j’étais évêque à Saint-Hyacinthe je vous dirais : « Allez-vous-en dans une petite chaumière bien solitaire et fondez une communauté d’adoratrices du Précieux Sang, Filles de Marie Immaculée. » Aurélie était stupéfaite. La dernière chose qu’elle pensait pouvoir espérer lui avait été donnée. En une seule déclaration, l’évêque lui avait enlevé le fardeau et lui avait indiqué la réponse, la seule possible.

 Mgr Bourget écrivit à l’évêque de St-Hyacinthe pour lui donner son opinion. L’abbé Raymond organisa une rencontre avec l’évêque de St-Hyacinthe, qui lui dit : « Vous serez surpris d’apprendre que la parole d’une certaine fille remarquable de St-Hyacinthe s’est rendue jusqu’à Montréal […] Le père Raymond est convaincu que Dieu vous appelle à une vie de sacrifice et de perfection ». Après la rencontre, l’évêque donna son approbation. Toutefois, son décès, le 5 mai 1860, retarde la réalisation du projet.

Le nouvel évêque de Saint-Hyacinthe, Mgr Joseph La Rocque, hésita à donner son accord à la fondation de cette communauté. Cependant, l’abbé Raymond, le directeur spirituel d’Aurélie Caouette, réussit à le convaincre. Finalement, la congrégation des Sœurs adoratrices du Précieux-Sang voit le jour le 14 septembre 1861. Presque au même moment, la mère d’Aurélie est décédée. Son père a fait don de sa maison pour accueillir la première communauté contemplative du Canada. Aurélie eut bientôt deux autres compagnes du Précieux-Sang aux côtés de Sophie Raymond, la nièce du père Raymond. Elizabeth Hamilton, qu’Aurélie avait connue comme jeune professeur de musique au couvent de St-Hyacinthe et la cousine germaine d’Aurélie, Euphrasie Caouette.

    Les quatre membres de la première communauté contemplative au Canada logent d’abord dans la maison du père d’Aurélie. Le 14 septembre 1863, les religieuses s’établissent dans leur propre monastère. Le même jour, Aurélie Caouette prononce ses vœux, devient mère Catherine-Aurélie du Précieux-Sang et supérieure. Elle a compose un document qui se nomme Sitio (J’ai soif), ce qui deviendra la base de leur règle. Elle fonda les sœurs Adoratrice du Précieux-Sang, un institut de religieuses qui devraient s’efforcer d’adorer le divin Sauver et de réparer, par leur amour et leurs immolations quotidiennes, le mépris et les péchés des hommes.

Notre Seigneur lui dit : «Petite épouse, voici mon Sang! Il est si bouillant d’amour pour les hommes, que mes veines ne peuvent plus le contenir. Il coule par torrents et on le laisse perdre… Il faut que, par ton moyen, il se répande au moins sur un grand nombre d’âmes, et qu’il fasse des vierges ardentes et brûlantes». Elle répondit : «Ma vie tout entière, consacrée au culte du Sang, sera mon chant de reconnaissance.»

Aurélie-Caouette mourut le 6 juillet 1905 au monastère de la communauté à Saint-Hyacinthe. Son décès ne passa pas inaperçu car les nombreux phénomènes mystiques dont elle fut l’objet l’ont imposée à l’attention de ses contemporains. Son tombeau, qui avait été pendant longtemps dans la maison mère des sœurs adoratrices du Précieux-Sang fut déplacé en 2015 dans un mausolée du cimetière de la Cathédrale de Saint-Hyacinthe.

 

 

Sources: 

Abbé Élie-J. Auclair, Histoire de Mère Catherine-Aurélie du Précieux-Sang, née Aurélie Caouette, Fondatrice de l’institut du Précieux-Sang

Dom Gérard Mercier, o.s.b, Aurélie Caouette, femme au charisme bouleversant, volume V, Éditions Paulines