Saint Jean de Brébeuf

Jeunesse:

Fils de fermiers, Saint Jean de Brébeuf est né en 1593 à Condé-sur-Vire, en Normandie, en France. Il a rejoint les Jésuites en 1617, mais il  a failli les quitter après avoir contracté la tuberculose. Ses ennuis de santé à l’âge de vingt-huit ans l’ont empêché d’acquérir une connaissance théologique étendue. Il sera finalement ordonné prêtre en 1622. Puis, il partira pour la Nouvelle-France où il débarquera le 19 juin 1625. Tout au long de son trajet, le capitaine de vaisseau huguenot le menaçait de le ramener en France.

Surmontant l’aversion qu’ont les colons pour les jésuites, Brébeuf choisit un emplacement pour une résidence sur la rivière Saint-Charles, à l’endroit même d’un ancien campement de Jacques Cartier. Il adopte le mode de vie amérindien, s’installant dans un tipi où il passe l’hiver. L’année suivante, il décide d’aller vivre parmi les Hurons. Ils semblent que ceux-ci soient plus faciles à convertir, car ils sont plus civilisés que la plupart des autres tribus. L’une des plus grandes difficultés qu’il a dû affronter était les rêves. Pour les Hurons, quand ils avaient un rêve, ils pensaient qu’ils devaient le réaliser d’une manière ou d’une autre. Par exemple, si j’ai rêvé que j’ai tué mon voisin, il me faudra absolument accomplir cela le plus tôt possible. Vous pouvez imaginer à quel point il est facile de commettre des abus. En effet, certains Hurons qui n’aimaient pas les prêtres disaient quelque chose comme ça : « J’ai rêvé que les prêtres sont des sorciers ».     

Première conquête britannique:

Les frères Kirke, mandatés par l’Angleterre, attaquent Québec et conquièrent la Nouvelle-France le 19 juillet 1629. Jacques Michel, un huguenot français qui avait trahi la Nouvelle-France fit vœu de se faire pendre s’il ne frappe pas le Père de Brébeuf avant la fin de la journée. Curieusement, Jacques meurt subitement. « Les Jésuites vont crier au miracle », murmuraient les Anglais. Peu de temps après, des Indiens qui regrettaient le départ des Français vont déterrer le corps de Jacques Michel pour le pendre. Suite à cet incident, le Père Le Jeune dira à propos de Jacques Michel: « Il ne fait pas bon de blasphémer, contre Dieu ni contre ses saints, ni se bander contre son roi, trahissant sa patrie » (Relation de 1634 (Thwaites, VI, p. 160)

Le 19 juillet 1629, il retourne en France après la reddition de la colonie aux Anglais par Champlain. Il sera nommé Trésorier au collège Jésuite à Eu, en France. Il profitera de cette occasion pour convaincre des jeunes Jésuites à aller au Canada lorsque ce sera possible.

En 1632, la France récupère officiellement le Canada, puisque l’Angleterre avait conquis la Nouvelle-France alors qu’un traité de paix avait été signé entre les deux pays auparavant. Quatre ans plus tard, il repart le 23 mars 1633 pour le Canada. Dès son arrivée, il tente de retourner au lac Huron mais les Amérindiens refusent de l’emmener. L’année suivante, il réussit à atteindre son ancienne mission. En 1640, il tente sans succès d’évangéliser les Neutres, une tribu au nord du Lac Érié. En 1642, il est envoyé au Québec où il a la charge des Amérindiens de la réserve de Sillery. Au plus fort du conflit entre Hurons et Iroquois, après deux tentatives infructueuses, il parvient à pénétrer en territoire huron. Bien que les Iroquois aient fait la paix avec les Français, leur guerre avec les Hurons se poursuivait.

Dans la vie des martyrs canadiens, Dieu nous donne une bonne leçon : ce qui semble être un échec à nos yeux, peut être un succès aux yeux de Dieu. En effet, la plupart des Indiens se convertissent sur leur lit de mort. Lors d’une épidémie, d’une part, beaucoup d’Indiens accusaient les prêtres d’être des sorciers, mais d’autre part, beaucoup d’Indiens acceptaient le baptême sur leur lit de mort. Un jour, les Hurons étaient prêts à tuer Saint Jean de Brébeuf, le considérant comme la cause de l’épidémie. Mais le père de Brébeuf commença une neuvaine de messes à Saint Joseph, et par la suite, les Hurons changèrent d’avis.

Visions des démons:

Saint Jean de Brébeuf convertira tant d’autochtones que le démon en devint furieux. On lui attribue environ sept milles convertis. Suite à cela, le Saint subira même des attaques démoniaques. Il raconte: «Le 21 août (1637) […] j’ai eu une vision, réelle ou imaginée, dans laquelle j’ai vu une vaste foule de démons venant vers moi dans le but de me dévorer ou, du moins, de me mordre. Mais aucun n’était capable de s’en prendre à moi. Ceux qui venaient en premier ressemblaient à des chevaux énormes, mais leurs crinières longues et ondulées, comme celles des béliers et des chèvres. Je ne me rappelle pas de la forme des autres, mais je sais qu’ils étaient nombreux et qu’ils avaient diverses formes, encore plus effrayantes que jamais. Cette vision a duré le temps d’un Miserere (une prière). Je ne me rappelle pas avoir été effrayé mais, plaçant ma confiance en Dieu, j’ai dit: «Faites tout ce que Dieu vous permet de faire; vous n’allez pas arracher un cheveu de ma tête sans son consentement et son commandement» (Relations des Jésuites de 1637).

« Le 9 mai, alors que j’étais dans le village Saint-Joseph, je me suis soudain retrouvé ravi par des puissants actes d’amour de Dieu, et je me sentais poussé vers Dieu pour l’embrasser. Puis, apparut quelque chose qui ressemblait à une vieille dame. Tout d’abord, elle me serra dans ses bras, puis elle frappa ma tête  contre elle avec une telle force que j’eu très mal. Soupçonnant que cette vieille dame était en réalité le diable, je fis le signe de croix pour protéger mon front. Après cela, la dame recula et n’osa plus approcher de moi ».

Il prie pour mourir martyr: 

Comme nous le savons, le père de Brébeuf a toujours souhaité le martyre. Il a lui-même écrit : « Depuis deux jours, je ressens en moi un grand désir de martyre et de subir tous les tourments qu’ont subis les Martyrs ». Après de nombreuses années de prières, sa prière a été exaucée. Il a eu une vision qui lui a prédit son martyre : Il a vu une énorme croix apparaître sur le territoire des Iroquois.

Tout au long de son ministère au Canada, Saint Jean de Brébeuf priera Dieu de lui accorder la grâce du martyre. En l’an 1640, il vit une croix de proportions énormes dans le ciel au sud, assez grande pour contenir non seulement une personne, mais chacun des jésuites qui travaillaient à cette mission. De manière significative, elle est apparue sur le territoire des Iroquois.

Martyre de Jean de Brébeuf:

Neuf ans plus tard, le 16 mars 1649, 1000 Iroquois s’approchèrent secrètement de la mission de Saint-Louis, se jetant sans pitié sur les Hurons surpris, et les assassinant ou les faisant tous prisonniers. Le Père de Brébeuf et le Père Lalemant furent saisis et liés. Certains chrétiens hurons furent secrètement témoins de ce terrible événement.
Les Iroquois dépouillèrent les deux prêtres et les attachèrent chacun à un poteau. Ils leur arrachèrent les ongles des doigts, puis, à l’aide de bâtons, ils battirent leur corps. Pendant ce supplice, le père de Brébeuf n’a cessé de prêcher sur Dieu, d’encourager ses compagnons de captivité en criant : « Mes enfants […], Gardez courage dans les quelques tourments qui vous restent ; ceux-ci finiront par votre vie ; la gloire qui suivra n’aura pas de fin ! « 
Alors que notre saint encourageait son peuple, un misérable traître huron, que le père de Brébeuf avait autrefois baptisé, se moquait du pauvre prêtre : « …je vais te baptiser et te faire bien souffrir, pour que tu ailles plus tôt à ton Paradis ! Alors le misérable prit une énorme bouilloire remplie d’eau bouillante qu’il versa trois fois sur la tête du prêtre ! Les Iroquois firent alors chauffer des hachettes, bien chaudes, et les appliquèrent sur les reins, sous les aisselles et autour du cou du prêtre. Ensuite, ils enfilaient sur le père de Brébeuf une ceinture de poix et de résine et y mettaient le feu, faisant ainsi rôtir tout son corps. Le zèle du prêtre était si grand qu’il prêchait constamment aux Iroquois pendant ses tourments. Enragés, les Iroquois lui coupent la langue et lui coupent les lèvres ! Des torches brûlantes furent appliquées sur son corps, ils lui arrachèrent les yeux, et ils mirent des charbons ardents dans les trous vides ! Ils lui ont aussi mis un fer rouge brûlant dans la bouche et dans le rectum. Après trois heures de cette torture, voyant que le bon prêtre allait bientôt mourir, ils l’ont fait s’asseoir et lui ont coupé le cuir chevelu. Finalement, ils ont mangé son cœur.

Témoignages du Père Ragueneau:

 «Il fut pris par les Iroquois ennemis de la foi, l’année 1649, avec le Père Gabriel Lalemant, lorsqu’ils étaient actuellement à confesser, à baptiser, et à encourager leur troupeau. Ensuite, ils furent dépouillés tout nus, chargés de bastonnades ; et on leur appliqua des flambeaux ardents par tout le corps; on leur pendit au col des haches toutes rouges de feu on leur en mit sous les aisselles; et ces barbares en dérision du saint baptême, leur versèrent des chaudières d’eau bouillante sur leurs têtes, et sur leurs corps tout déchirés; ils coupèrent le né et les lèvres du Père de Brébeuf, et ils lui brûlèrent la langue, lui mettant des charbons de feu dans la bouche, étant furieusement animés contre lui, de ce qu’il portait les Chrétiens Hurons à recourir à Dieu dans leur martyre, et voulant l’empêcher de parler de Dieu. Enfin ils le mangèrent tout vif, lui ayant enlevé des grands morceaux de chair, qu’ils dévorèrent devant ses yeux à demi rôtie.» (Description du Père Ragueneau dans les Relations des Jésuites)