L’église Saint-Nérée sauvée par la Vierge Marie

 
 

Une nuit qui commence à l’ordinaire :

Le calme du soir était venu se confondre avec la vie paisible du village de Saint-Nérée. Les hommes étaient rentrés des champs, fourbus, fatigués peut-être, mais contents d’une belle journée de travail. Les femmes soucieuses du devoir bien fait, jusqu’à la fin du jour, avaient couché les enfants pour la nuit. L’Angélus du soir avait appelé les gens à la prière. Puis, ce fut l’attente fiévreuse de la nuit qui devait s’étendre au-dessus du clocher et des maisons tranquilles.

Cette nuit pareille à toutes celles qui l’avaient précédée et qui devait apporter le repos bien mérité à ceux qui avaient peiné tout le long du jour. L’église, dont le fin clocher pointait vers le ciel, s’était la première endormie. Peu à peu les lumières s’éteignirent aux fenêtres des maisons. Une dernière voiture traversa la place. Un vieux, dont le pas traînait un peu sur le trottoir, se hâtait d’atteindre son logis.

Quelques oiseaux printaniers – retardataires sans doute – traversèrent le ciel au-dessus du cimetière. Puis, ce fut le grand silence ! La nuit tombait lentement ! Près d’une lampe assise, une maman chante une cantilène au dernier né – Celui-ci s’endort en serrant son biberon de sa main menue. Une vieille chaise craque sur une véranda quelque part, mais bientôt tout bruit s’arrête. Un grand-duc vient se percher sur une branche déjà chargée des feuilles vertes de juin. Ses yeux allumés semblent guider l’araignée dont la toile finement tissée va servir de piège aux bestioles. Et la nuit tombe encore plus lourdement !

L’incendie commence :

Soudain, un crépitement se fait entendre ! Les villageois ne savent pas ce qui se trame dans l’ombre. Tout dort encore lorsque bientôt- en moins de cinq heures – l’œuvre accomplie par trois générations sera la proie des flammes.

C’est le feu ! C’est l’élément destructeur dans toute sa force et toute sa rage ! Sa victime va se tordre de douleur dans le brasier qui s’étend avec rapidité sous le souffle d’une brise légère. De la remise d’un marchand, monsieur Albert Lapointe, monte une lueur infernale.

Une fumée noire et opaque se dégage et s’élance au-dessus des toits, tandis que les flammes dévastatrices s’attaquent à la maison attenante. C’est le feu ! C’est la menace d’une conflagration dont on se rend compte de l’étendue déjà. Les voisins, éveillés par les cris des occupants, donnent déjà l’alarme. Les bonnes volontés s’unissent. Il faut sauver des vies, un peu de marchandise, mais surtout enrayer l’élément destructeur.

Hélas ! Il est déjà trop tard ! Les flammes – hardies et capricieuses – se lancent un peu partout, traversent la rue et embrasent les maisons d’en-face. La lueur se répand, rouge, écarlate, brûlante, touchant les quatre points du village et c’est le cauchemar qui commence, le désastre dans la nuit.

En un rien de temps, le couvent est rasé par les flammes. Cette construction moderne (1948), est devenue un amas de ruines fumantes tandis que les bonnes religieuses priaient et pleuraient au milieu du village ameuté.

Il faut sauver l’église :

Des scènes déchirantes se déroulent tandis que les flammes courent maintenant de maison en maison. L’angoisse atteint au paroxysme lorsque de jeunes enfants – s’étant éloignés de leur mère – croient soudain l’avoir perdue. Mais bientôt, il devient impossible de lutter davantage. Le désastre va de mal en pis et l’église est menacée.

Déjà, quelques pompiers volontaires de St-Raphaël accourus en hâte sur les lieux, et du curé Ph. Audet, ont commencé le déménagement des stations du Chemin de la Croix, les archives de la paroisse, les Saintes-Espèces.

Mais le temple lui-même va devenir la proie des flammes, c’est visible. Pourtant, le bon curé est sollicité de toutes parts. On lui demande son secours, ses conseils, ses prières. Que fera-t-il ? À qui se donnera-t-il quand tous les paroissiens ont besoin de lui en même temps ?

On a déjà rassemblé sur la place de l’église les vieillards, les femmes et les enfants. On récite le Rosaire. On demande à la Vierge Marie d’épargner les vies, d’arrêter ce spectaculaire incendie.  

Ce fut alors le désarroi général. On courait de tous les côtés à la fois. Une jeune fille fut en proie à une douleur indescriptible lorsqu’elle crut sa mère infirme prisonnière dans les flammes. Mais elle fut bientôt rassurée par les sauveteurs.

Les pompiers volontaires déployèrent beaucoup de courage et d’énergie, mais il leur fut impossible d’enrayer le fléau. Des véhicules furent mis à la disposition des villageois qui tentaient de déménager le peu de choses que l’on réussissait à sauver du brasier immense dont la seule chaleur fit éclater les vitres et les verrières de l’église.

C’est alors que monsieur le curé Lorenzo Côté décida de placer une statue de la Vierge devant le temple. Il posa son geste simplement, avec foi, sans ostentation. Il lança ce mot – au milieu du brouhaha général – un mot qui demeurera gravé dans la mémoire de tous les paroissiens de Saint-Nérée : « Sauvez-la, vous voyez bien que je n’ai pas le temps ! » Le brave pasteur confiait son église et les édifices religieux à la Vierge du Rosaire. Il était temps !

En dépit du danger imminent le temple fut protégé. La petite église au fin clocher a été meurtrie, blessée, calcinée peut-être, mais elle est restée debout, témoin de la puissance de Marie.

Par mesure de précautions, on avait transporté le grand crucifix, quelques tableaux, les stations du Chemin de la Croix, mais le danger fut immédiatement conjuré dès que la statue fut placée devant l’église. Cette statue a été léchée par les flammes. Elle a été détériorée. Mais on la conservera comme une précieuse relique et comme un témoignage de la protection de Marie. Les enfants et les vieillards récitaient encore le Rosaire lorsque l’incendie subitement arrêté, fut mis sous contrôle.

Le pasteur s’étant oublié lui-même pour se multiplier auprès des paroissiens et des sinistrés, la Vierge aimable protégea son église.

Le lendemain, on pénètre dans le temple ! Une odeur de fumée se dégage encore ! L’église n’a plus de parures ! Elle n’a que les traces de ses nobles blessures, ses pierres noircies, ses verrières brisées, sa toiture dissoute en maints endroits, les bancs endommagés. La statue – que l’on veut bien appeler ‘’miraculeuse’’ à Saint-Nérée – sera plus tard placée à demeure sur l’autel de la Ste-Vierge. Un ex-voto y sera apposé plus tard.

 
 

 

Sources : 

www.st-neree.qc.ca/pages/lincendie-du-13-juin-1953